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To-o kami emi tame


























Monsieur le Loup, c'est ainsi que Chise, la belle aveugle, appelle Kiba dans Kiba, le loup enragé aka Samurai Wolf vol 1. Ce surnom, on pourrait tout aussi bien l'appliquer à Gosha lui-même, tant son cinéma est tout à la fois féroce, fascinant et sensuel. Un cinéma traversé de fulgurances : lors d'un combat, le son ne vient que lorsque le sabre de Kiba atteint son but ; le son du koto joué par Chise qui accompagne et supporte Kiba dans un duel nocturne. Goyokin, le chambara crépusculaire, son chant du cygne, était le magnifique camphrier qui cachait l'immense et tumultueuse forêt. Une forêt peuplée de loups, rassasiés ou sanguinaires, et de superbes créatures, vulnérables ou venimeuses (les donzelles à ombrelles assassines de The Wolves).















Nous n'avons plus besoin de vous. Nous avons appris à nous débrouiller seuls. Maintenant, fichez le camp de notre galaxie ! Tous les deux. Sheridan à l'émissaire Vorlon et à celui des Ombres qui exigent un choix, celui de l'ordre et de l'obéissance (qui êtes-vous ?) ou celui du chaos et de l'évolution (que voulez-vous ?), théorie (les guerres, la douleur, grandit) proche de celle diffusée par le monolithe noir de 2001 (l'homme ne gagnera les étoiles que parce que son ancêtre le singe a appris à tuer). Des parents qui se disputent pour que leurs enfants prennent parti. Mais la peur de la solitude est en réalité ce qui motivait les Anciens à jouer les Gardiens. Alors nous ne serons pas seuls ? le Vorlon avant de s'en aller dans les Limbes avec les Premiers.
Si vous allez sur Z'ha'dum, vous mourrez. Saute. Saute, maintenant. Le Vorlon à l'enfant.
Sheridan à l'un des résidents de Z'ha'dum : Vous êtes l'un des Premiers. Le résident : Non. Pas l'un des Premiers. Je suis le Premier.
Dès qu'on aura placé tous les biens de Kosh à bord de son vaisseau, son vaisseau décollera. C'était son vaisseau à lui. Une partie de lui-même. Etrangement, il est vivant. Il ne peut pas vivre sans lui. Il le pleurera comme nous le pleurons, à sa manière à lui et effectuera son dernier vol, en mémoire de Kosh. Delenn.
Babylon 5 s'épanouit dans la rage (celles d'Ivanova donnent le frisson) comme dans le mariage, celui des esprits : la communion entre Kosh et son vaisseau organique (son dernier vol est aussi bouleversant que magnifique), Delenn et Sheridan, Sheridan et Kosh, Sheridan, Lorien et Kosh, Lyta et Byron, Lyta et Kosh. Hautement symbolique, Babylon 5 ne l'est pas seulement dans les actes (un Narn à la cour des Centauris), elle l'est aussi dans les corps et dans les formes. Si l'aspect des vaisseaux (celui de Kosh est sublime) reflète l'âme de leurs occupants (ceux des Vorlons et des Ombres sont éloquents), l'aspect des races en dit long sur leurs velléités et leur comportement : des êtres de lumière qui se cachent sous une armure et qui, lorsqu'ils doivent apparaître au grand jour (le sauvetage de Sheridan, la première apparition de Valen), s'adaptent à leurs spectateurs et ne dévoilent pas leur véritable "visage" (une exception notable : le combat entre les deux Kosh) ; des êtres arachnéens furtifs, qui tissent leurs toiles et tirent les ficelles, montant les uns contre les autres ; des presque humains soucieux de leur apparence (fiers comme des paons) et qui ont les dents longues tels des vampires ; des êtres reptiliens parés de peaux splendides (ou sommaires)...
Ici l'ambassadrice Delenn des Minbaris. Babylon 5 est sous notre protection. Retirez-vous ou on vous détruit, la descendante de Valen, à la tête de croiseurs Minbaris, s'adresse aux vaisseaux des Forces Terriennes qui ont pour mission d'arrêter le Capitaine John Sheridan et son équipage entrés en sessession et en rebellion contre la dictature imposée par le président Clark. Négatif. Je commande ici. Ne me forcez pas à attaquer, réplique le commandant du vaisseau amiral des Forces Terriennes. Et pourquoi pas ? réplique Delenn. Seul un commandant humain a réussi à survivre contre les Minbaris. Il est derrière moi. Et vous, devant. Si vous tenez à la vie, fichez le camp !
On va riposter et on va riposter vigoureusement. Ils méritent ce qui les attend. On est en guerre, Susan. S'ils nous cherchent, on les anéantit. S'ils détruisent un de nos vaisseaux, on en détruit trois des leurs. On ne faiblira pas, on ne s'arrêtera pas. On va commencer par les colonies, puis Mars et la Terre. Que Dieu vienne en aide à ceux qui seront sur notre chemin. Sheridan en rage.
J'ai entendu cette voix venant de nulle part qui disait : "je t'aime". J'ai pensé : "Est-ce Dieu ?" Je veux dire ... il avait un fort accent anglais... Il m'a tant donné et demandait si peu en retour. Juste un mot gentil ou un sourire et tout ce que je lui ai donné, en deux ans, c'est de la peine. Au moins, j'aurais pu forniquer avec lui une fois. Susan Ivanova évoquant Marcus le Ranger.
Tout le monde vient voir Zathras quand il y a des problèmes. Une grosse responsabilité. Mais çà ne dérange pas Zathras. Zathras est formé en gestion de crise. Mais Zathras n'a personne à qui parler. Personne ne gère le pauvre Zathras. Alors Zathras parle à la terre. Parfois il parle aux murs. Ou aux plafonds, mais la terre est plus proche. La terre a l'habitude qu'on lui marche dessus. Comme Zathras, mais on finit par aimer çà. C'est notre rôle. C'est notre destinée dans l'univers. Parfois, il y a des insectes dans la terre et Zathras aime les insectes. Pas très bons pour la conversation, mais c'est des protéines pour l'alimentation. Zathras, l'un des gardiens d'Epsilon 3, la planète mystérieuse et interdite autour de laquelle tourne Babylon 5.
Zathras mort mais Zathras mort pour la cause. Peut-être arrêté la grande guerre. Peut-être Zathras grand héros. Peut-être statue de Zathras et autres à venir se souvenir de Zathras. Zathras pas de ce temps. Vous emmenez, Zathras mort. Vous partez, Zathras mort. Chaque chose, mauvais pour Zathras. Un des dix autres Zathras, en un autre temps, en un autre lieu.
Zathras doué pour faire. Pas pour comprendre. Zathras a l'habitude être une bête de somme. Vie très triste. Il aura sans doute triste mort mais au moins, çà change pas.
Pendant le voyage, apprenez donc le mantra de Babylon 5 : Ivanova a toujours raison. J'écouterai Ivanova. Je n'ignorerai pas les conseils d'Ivanova. Ivanova est Dieu. Et si çà se reproduit, Ivanova vous crévera les poumons ! Babylon, terminé. Ivanova.
Chabalabala, çà vous plait jusqu'ici ? oh, oui, oh, oui, oui, oui. Parlez-moi de votre porte-feuille. Oui, oui, oui. Mentez-moi au sujet de votre famille. Oh, oui ! Oui ... Mon Dieu, vous êtes bon ! (Que fais-je maintenant ?) Soit vous vous retournez et dormez. Soit vous allez acheter une pizza et je ne vous revois plus. Susan Ivanova à l'émissaire d'une race pour qui, avoir des relations sexuelles, est comme une signature apposée à un contrat d'alliance entre deux peuples.
Jeffrey Sinclair, premier commandant de Babylon 5, à Londo et Lennier, qui viennent de semer le chaos lors d'un poker : J'attends une explication. Londo : Je vous en donne une dès que cette pièce cessera de tourner. Sinclair : Cette station n'arrête jamais de tourner. Londo : Je comprends maintenant mon problème.
Cartagia, l'empereur Centauri, à G'Kar, enchaîné : Et toi. As-tu quelque chose à dire ? G'Kar : Savez-vous, par hasard, où se trouve Monsieur Garibaldi ? Cartagia : Qui ?
Londo Mollari, le Centauri : Bonjour G'Kar. Je ne crois pas être venu chez vous avant aujourd'hui. G'Kar, le Narn : A moins que vous ne comptiez ma cellule sur Centauri Premier. Désolé pour le manque de chaînes. La femme de ménage doit les avoir enlevées. Londo : Comment va votre oeil ? G'Kar : Il voit. Londo : Ce que vous avez dit tout à l'heure à propos de chaînes, ce n'était pas gentil, G'Kar.
Pardon, G'Kar. Londo au bout de sa rédemption.
Où vous allez, je vais. Londo à G'Kar.
Mollari. Comprenez bien que je ne pardonnerai jamais à votre peuple ce qu'ils ont fait à mon monde. Mon peuple ne pourra jamais pardonner à votre peuple. Mais je peux pardonner, à vous. G'Kar au bout de son pardon. Si Marcus est le coeur de Babylon 5, Sheridan, Delenn et Ivanova les tripes, G'Kar est son âme.
G'Kar : Où est mon livre, Ta'lon ? Le livre que je rédigeais depuis deux ans. C'est mon seul exemplaire. Ta'lon : Oui, c'est précisément pour cela. Le Kha'ri a pensé que si quelque chose vous arrivait, il ne sortirait jamais, donc nous l'avons ... libéré. G'Kar : Libéré ? Ta'lon : Nous l'avons ramené chez nous. ceux qui l'ont lu ont été très émus par le livre. Et ils l'ont dupliqué. G'Kar : Dupliqué ! Ta'lon : Juste quelques exemplaires. Pour leurs amis qui en ont refait quelques copies. G'Kar : Combien ? Ta'lon : Difficile à dire précisément. Il y a eu un peu d'agitation chez les imprimeurs. G'Kar : Les imprimeurs ! Combien ? Ta'lon : Cinq ou six cent ... mille. G'Kar : Quoi ? Ta'lon : J'ai entendu dire qu'il allait mieux se vendre que le livre de G'Quan. Félicitations, citoyen G'Kar. Vous êtes désormais une icône.
Vous pouviez les ôter n'importe quand. G'Kar à Lyta qui vient de se libérer de ses chaînes (un symbole). Lyta : Tout le monde était plus tranquille. De plus, j'ai fini par m'y attacher. G'Kar : J'ai hâte de voir l'univers à vos côtés, Lyta. Peut-être trouverons-nous l'extraordinaire. Ou l'extraordinaire nous trouvera-t-il. En tout cas, ce sera l'aventure. Lyta : Je sens venir un autre livre. G'Kar : Quelle merveilleuse idée !
En suivant les aventures de Sheridan, Delenn, Sinclair, Ivanova, Marcus, G'Kar, Londo, Kosh, Lorien, Lyta, le spectateur n'aura jamais cotoyé d'aussi près les étoiles, car le spectateur verra enfin les rayons fabuleux et les navires en feu qu'évoquait Batty le Nexus 6, car Babylon 5 est, à l'image de Blade Runner, un grandiose poème du futur, car Babylon 5 est la plus belle des odyssées et le plus beau des opéras (alors que 2001 se contentait d'être une symphonie), car Babylon 5 se vit autant qu'elle se voit, car le spectateur dont il est question aura gagné un supplément d'âme et ne verra plus la vie de la même façon, car le spectateur que je suis n'a désormais plus qu'une seule pensée en tête : exister en 2258 et s'en aller vagabonder en compagnie de G'Kar et Lyta.
Nous venons des étoiles, nous retournons aux étoiles ...
Et lorsque la longue nuit de Sheridan donne naissance à la plus belle aube de Minbar, le spectacle fait place à l'Emotion et au Sublime. Sheridan sera toujours aux côtés de Delenn, et G'Kar sera toujours à nos côtés avec Marcus et Kosh.
Nos séparations sous-entendent des retrouvailles, ailleurs, en d'autres temps, au cours d'autres vies. Nos âmes font partie de ces lieux. Et nous repasserons encore par ici.
Paix à l'âme d'Andreas Katsulas, merveilleux en G'Kar, qui vient de quitter ce monde pour rejoindre les étoiles, et sans aucun doute la planète Narn.






Restreindre sa vision pour voir plus loin, étirer le temps pour saisir et ressentir davantage, telles sont les devises du cinéma d'Ozu.


L'oeuvre de Kenji Mizoguchi impose grand respect et grande admiration.
La splendeur du monde fantômatique décrit dans le film alliée au raffinement, à l'élégance de la mise en scène, des costumes, de la lumière (le film est éclairé par l'immense Kazuo Miyagawa, chef opérateur des plus beaux films japonais), de ses chants Nô, font de Ugetsu (titre original) l'une des plus belles oeuvres d'art contemporaines.
Mais Mizoguchi ne s'est jamais contenté de faire un film beau, il allie cette beauté à un thème, il donne une profondeur à son oeuvre en évoquant le destin de ces femmes japonaises trahies par l'ambition des hommes, ajoutant à la beauté la tragédie et l'émotion. Tandis que Genjuro le potier quitte sa femme pour chercher la fortune, et s'acoquiner avec une superbe fantôme (la recherche de l'inaccessible), Tobei abandonne la sienne pour rechercher la gloire, et se transformer en un grand samouraï. Tandis que Genjuro succombe à la plus belle des apparences en la personne de la princesse Wakasa (l'incarnation du désir interprétée par la fabuleuse Machiko Kyo) et se réveille au milieu des ruines, Tobei devenu général après avoir tué retrouve sa femme dans un bordel. La poésie enchanteresse des images s'allie à la morale bouddhique imparable. La soif de reconnaissance sociale, la soif de pouvoir sont implacablement sanctionnés par la mort ou la déchéance. L'amour et le sacrifice des femmes répondent à l'orgueil et aux désirs des hommes.
Les contes de la lune vague après la pluie a la force et la pureté d'un diamant.

Peintre, poète et philosophe : Mamoru Oshii est tout cela. Car Mamoru Oshii, à l'image d'Andreï Tarkovski (L'enfance d'Ivan, Andreï Rublev), compose ses plans comme des tableaux (un plan, un chef d'oeuvre), les assemble avec une harmonie et une maîtrise saisissante, en donnant à ses images un sens métaphysique éblouissant. A ce titre, Ghost in the shell est son film le plus abouti. Si Avalon est habité par Bergman (Le septième sceau) et Tarkovski (Stalker), Ghost in the shell se réclame de Blade Runner, même s'il n'en a pas les oripeaux de film noir.
Si l'âme du second opus est cette fillette promise à devenir une gynoide (une cyborg conçue à des fins sexuelles), l'âme du premier est le major Motoko Kusanagi. Ghost in the shell parle de la quête d'identité de cette cyborg (esprit humain dans une enveloppe mécanique) au corps sublime, chargée, au sein de la section 9 du ministère de l'intérieur, de mettre fin aux agissements de pirates informatiques. Dans l'une des séquences les plus vertigineuses (et les plus sensuelles) du cinéma, Oshii, en un plan renversant, parvient de façon magistrale à saisir tout le malaise existentiel de son héroine.
Contrairement à Deckard qui ne doute pas, à Batty qui a conscience de son inhumanité et à Rachel qui ne peut se rattacher à aucun espoir, Motoko veut savoir si sa mémoire est réelle ou inventée, si le "fantôme" a existé avant d'être implanté dans la "coquille".
Le film trouve (naturellement) sa conclusion dans un ancien muséum d'histoire naturelle, sur la fusion quasi-divine entre le maître des poupées (en quête d'une enveloppe) et Kusanagi (en quête d'un supplément d'âme). L'Evolution de la Vie vient de franchir une nouvelle étape, elle est pleine de promesses : la conscience, humaine ou non, vient de trouver un nouveau vecteur pour exister (se perpetuer indéfiniment), la matière n'est plus indispensable. Comme Mike, l'ordinateur central lunaire de Révolte sur la Lune, le formidable roman de Robert Heinlein, et comme Hal de 2001, le maître des poupées, au fil des informations qu'il a acquises, s'est transformé en entité consciente.
Quand je danse, une belle fille se laisse aller au fil du vertige. Quand je danse, la lune qui m'éclaire fait résonner certains souvenirs, Dieu descend du ciel pour assister au mariage et l'oiseau Nue chante à l'aube.
Ces paroles sont celles du score terrassant de Kenji Kawai, elles s'inspirent de la poésie japonaise classique vieille de 1000 ans. Elles sont le reflet de mon sentiment d'avoir été bercé par une sensualité et une poésie magnifiques, en goûtant aux stripteases de Kusanagi, en assistant à sa "naissance", à sa quête d'exister, à sa mort physique, à sa "réincarnation", en plongeant dans le regard immense de Motoko, jusqu'à l'extase. Elles se terminent par la formule shintoiste destinée à réveiller l'esprit de Dieu : To-o kami emi tame.


Tu t'es surpassée. Tu as bien failli avoir raison de moi. Que veux-tu de plus ? Ces paroles sont celles du Premier, le Mal Suprême (sous les traits de Buffy), qui s'adresse à la Tueuse, soi-disant mortellement blessée. On pourrait tout aussi bien appliquer ce "What more you want ?" au spectateur lui-même qui en a reçu plein les yeux (et au passage un supplément d'âme), on serait alors tenté de répondre : Angel.
Je veux que tu disparaisses de ma vue. C'est la réponse de Buffy qui se relève, au ralenti, le visage déterminé. Buffy se relève toujours. C'est la conclusion du versant épique de la série. Sa signature.
Je la sens, Buffy ... mon âme. Ces paroles sont celles de Spike le vampire prêt à assumer jusqu'au bout son statut de héros. Buffy qui lui dit ce qu'il a toujours voulu entendre, Spike qui la remercie : c'est faux. Mais merci de l'avoir dit. Le feu marche avec Buffy et Spike. Il est aussi question de feu dans le fabuleux épisode musical "Once more, with feeling" et plus précisément dans la fabuleuse chanson "allons braver le feu". Elle est attirée par le feu, clame le démon chanteur. Je n'ai pas d'autre destination, confirme Buffy. Que le spectacle commence, annonce le démon chanteur lorsque Buffy, sur un air de western spaghetti, pénètre dans son repaire après avoir envoyé valdinguer une porte massive. Et lorsque Buffy et Spike finissent dans une tombe, "six pieds sous terre", il va de soi que Buffy le chevauche. Spike : laisse moi reposer en paix. Buffy s'enfuit. Spike : tu ne restes pas ? Car Buffy est aussi une quête (existentielle et amoureuse), celle de Spike à la recherche de son ghost et de Buffy. Spike, contrairement à Angel, le premier (et véritable) amour de Buffy, n'a pas récupéré son âme à la suite d'une malediction, involontairement ; il l'a souhaité et conquis pour conquérir le coeur de Buffy, pour qu'elle ait (reçoive) ce qu'elle "mérite". Le spectacle est garanti ... c'est ce que tu voulais, non ? Et elle le regardera avec compassion. Lorsque Spike dévoile cette fameuse étincelle à la Tueuse (une flamme qui le dévore), la scène donne l'occasion à James Marsters de prouver son phénoménal talent d'acteur dont le jeu est alors proprement époustouflant, dense et bouleversant.
Tu es prête ? demande Faith à Buffy la soulageant d'un geste de la main. Buffy se réveille à l'hopital. Faith, envoyée dans le coma par Buffy, est dans la pièce voisine. Buffy répond au geste de Faith en l'embrassant sur le front. Faith, qui communie avec l'esprit de Buffy, vient de lui donner la clef pour éliminer son patron, le maire maléfique, et en profite pour lui révéler la suite des évenements (en évoquant la venue prochaine d'une autre clef).
Encore un truc que tu veux finir toute seule, déclare Angel venu à la rescousse de Buffy mis à mal par Caleb (monstrueux Nathan Fillion), le serviteur du Premier. Si çà ne t'ennuie pas, confirme Buffy. Tu es prête à en finir, salope, lance Caleb après s'être relevé. Le combat titanesque entre Buffy et Caleb se termine par une emasculation ! Cette perte d'attributs et l'éviction d'Angel sont bien entendu fortement symboliques, elles viennent conclure en beauté l'esprit de la série : la jeune fille (une jolie blonde) mène la danse. J'ai jamais avalé quelque chose d'aussi bon, déclare Buffy à Wood, le principal du collège, qui l'invite à dîner dans un restaurant français. Dans Buffy, les allusions sexuelles sont nombreuses et grandiloquentes. Car Buffy est une série adulte sur l'adolescence, des premiers émois amoureux au déchainement des instincts (la sexualité débridée et sauvage de Faith, les relations maso de Buffy et Spike) à l'épanouissement (l'accomplissement) sexuel (l'homosexualité de Willow et Tara).
On a sous-estimé Babe, le cochon dans la ville, dit Andrew. Ne pense pas à Babe. Tu es Conan. Tu es le destructeur. C'est toi contre la nature. Tu es un chasseur. Un primitif. Tu vis de ta chasse. Tu es Andrew. C'est toi qui fixes tes règles. C'est tué ou être tué, lance le Premier (sous les traits de Warren, son ancien complice) afin de motiver Andrew pour sacrifier ... un bébé cochon ! çà va aller, cochon, crie Andrew avant de se jeter sur l'animal, armé d'un féroce couteau. La tentative d'abattage échoue lamentablement, au grand dam du Premier. Buffy veut bière, lance Buffy réduite à l'état de femme de cro-magnon. Giles, très britannique, qui répond : non, il en est hors de question. Buffy, les épaules voutées, se tourne vers Giles en lui adressant un regard mauvais : veux bière. Ne décevez pas la tueuse des cavernes, déclare Alex avant que Buffy se frappe violemment la poitrine pour impressionner son observateur. La composition de Sarah Michelle Gellar est ici sensationnelle, elle est (avec sa voix de canard) merveilleuse dans toute la série.
Avec Buffy, tout commence par des dialogues magnifiques, et tout se finit par une action, héroique ou comique. Car Buffy est tout cela, une série émouvante, drôle, épique, à l'image de sa formidable série dérivée : Angel.
Merci Joss.

Nang Nak, réalisé par Nonze Nimibutr, est le plus beau film thaïlandais, l'un des plus beaux films sur l'amour fou "plus fort que la mort" (l'équivalent de The Lovers de Tsui Hark) et l'un des plus beaux films du monde.
En 1868, dans le district de Prakanong, Mak part à la guerre, laissant seule et enceinte son épouse Nak. Lorsque Mak revient de la guerre, il retrouve sa femme et un fils.
Dès le pré-générique, alors que Mak s'apprête à quitter Nak, la musique, sublime, prend à la gorge, marque comme jamais, à jamais. Dès le générique, l'histoire de Nak est contée ; la caméra, explorant une vieille bâtisse abandonnée, dévoile des fresques qui relatent les événements tragiques. La nature est omniprésente dans Nang Nak, elle est belle, venimeuse et inquiétante. Si le film est si beau, c'est aussi parce qu'il est en harmonie avec la terre et les éléments : une éclipse, une tempête, la faune (une araignée qui cogne à une porte, un serpent dans une rizière) sont ici autant de mauvais présages.
Les fantômes thaï n'ont pas la vocation vengeresse de leurs lointains voisins japonais. Ils s'accrochent au monde des vivants parce qu'ils ne supportent pas la séparation d'avec l'être bien aimé, parce qu'ils veulent continuer à vivre auprès de lui, parce qu'ils n'acceptent pas leur condition. Un bébé nu, marchant à quatre pattes, tend les bras vers sa mère tandis qu'autour de lui se déchainent les éléments. Cette scène, la plus belle du film, possède une puissance émotionnelle inouie car le spectateur sait alors que l'enfant n'existe que parce que sa mère, fantôme, l'a désiré, pour l'accompagner dans le royaume des ombres. Si, dans les premiers plans de son film, le réalisateur cite le Kwaidan de Kobayashi (le ciel revu et corrigé), Nang Nak n'en a pas la même couleur, le même tempo, le même esprit. Nang Nak ne se veut pas la version thaï d'un film japonais, Nang Nak est profondément ancré dans la culture thaï. S'il n'atteint pas la beauté formelle des plus beaux films de fantômes japonais (Kwaidan et Les contes de la lune vague après la pluie), Nang Nak raconte la plus belle histoire de fantômes, et sans doute la plus belle des histoires d'amour.

Ou l'enfer du sabre Le sabre du mal réalisé par Kihachi Okamoto est au chambara ce qu'est The Blade au wu xia pian et L'enfer est à lui au polar, une oeuvre radicale et apocalyptique.
Le sabre est l'âme. L'étude du sabre, c'est l'étude de l'âme. Ame perverse, sabre pervers, déclare Maître Shimada Toranosuke interprété par le magnifique Toshiro Mifune (la voie et la voix sage du sabre, celle de la légitime défense) après avoir décimé toute une escouade de samouraïs venue lui chercher querelle.
L'autre voie du sabre, c'est celle incarnée par Tsukue Ryunosuke interprété par le ténébreux Tatsuya Nakadai dont le regard n'aura jamais été aussi noir. Ce personnage ne vit que par et pour le sabre. Son sabre est son âme. Il tue pour tuer et se rassurer sur sa technique.
La mise en scène d'Okamoto est toute entière au service de ces voies, calquée sur l'état d'âme de Shimada et Ryunosuke.
Le combat de Shimada se déroule sous la neige, les coups portés par Shimada sont "purs", le noir et blanc est splendide, la séquence se clot sur un sermon et des regrets d'avoir du tuer tant de gens.
Le combat de Ryunosuke se déroule dans un bordel qui prend feu, Ryunosuke se bat d'abord contre les fantômes de ses nombreuses victimes en déchirant le décor, puis enchaîne sur les membres de son clan, les coups portés par Ryunosuke traduisent sa folie destructrice, le noir et blanc est enfumé, la séquence (et le film) se clot sur un arrêt sur image incroyable.

Le sabre du mal, c'est aussi la douce orpheline Omatsu interprétée par la très jolie Yoko Naito dont le destin est de devenir une courtisane après que son grand-père ait été assassiné froidement par Ryunosuke.
Tu es beau en habit de samouraï
